Jeanne Soleil

27 novembre 2009

Copita ou copita pas?!

Ayant énormément visité les blogs avant d'oser me lancer... d'une part parce que je tirais plaisir et émerveillement de toutes ces productions étalées sur mon écran ... d'autre part pour découvrir des techniques et m'imprégner, commencer par apprendre un peu avec les yeux avant d'y mettre les mains...

Donc ayant énormément visité les blogs disais-je (Jeanne, reine de la disgression)!, j'ai lu d'innombrables mises en garde,  attention copyright... et presque autant de coups de gueule sur de prétendus copiage-volage...

Et oui, je retrouvais effectivement beaucoup de créations ayant des traits communs...
Mais il m'est vite apparu évident qu'on ne pouvait pas visiter tous les blogs pour vérifier que ce modèle n'avait pas déjà été fait... mission impossible!
Qu'on ne pouvait pas non plus empêcher notre esprit de s'imprégner des créations des autres... et que c'était même plutôt leur rendre hommage.
Et puis surtout qu'on était tous forcément assaillis, au quotidien, par les mêmes pubs, les mêmes courants de mode, qu'on baignait dans les mêmes tendances et qu'on avait un héritage culturel semblable... Alors forcément chacun dans son coin pouvait avoir des inspirations identiques et produire quelque chose d'étonnemment similaire sans que l'un ait nécessairement copié sur l'autre...

Et que cette chasse aux sorcières me semblait largement excessive, un brin ridicule et clairement égocentrique et présomptueuse.

Evidemment c'est vil de reproduire à l'atome près ,tout en sachant qu'on le fait, et de ne pas préciser d'où on tire sa source... encore plus vil de vendre ce copiage et de s'en mettre plein les fouilles sur le dos de quelqu'un d'autre...
Mais ces cas là me semblent somme toute plutôt rares.

Alors d'avance je préviens d'éventuelles attaques que je pourrais moi aussi subir...
Car je ne voudrais pas brimer mes élans créatifs en ayant toujours la peur au ventre parce que peut-être ma création ressemblerait trop à une autre.

Si je m'inspire très clairement, et sciemment, d'une création d'un autre que j'ai encore sous les yeux, je le signalerai.
Mais je ne pourrai jamais retrouver tout ce qui a pu m'imprégner depuis des années et je ne pourrais pas non plus éviter d'avoir peut-être un jour les mêmes inspirations qu'un ou une autre...
Alors par pitié, pas d'éclat de plume contre moi... Laissez moi m'éclater tranquillou avec mes pâtes!


A bon entendeur...


...Et parce que Ciloudouille a pris du temps pour dire bien mieux que moi ce que je pense aussi de ce sujet, je vous copie ici ses réflexions qui me semblent plus justes et intelligentes que bien des attaques en règle...



Son post (cf ci-dessous en italique) est certes très long mais croyez moi il vaut largement un coup de mirettes. Allez courage bonnes gens, les personnes intelligentes et qui en plus savent bien écrire ne sont pas si fréquentes, profitez en!

"Je l’avais promis, j’ai mis du temps à me lancer mais je profite d’un souci d’ordinateur pour m’y attabler. De toute façon, je ne peux plus mettre de photos en ce moment alors pour les articles normaux, faudra repasser. De quoi vais-je donc vous parler ? Hé bien des droits et des devoirs liés à la créativité, au respect des originaux et à la liberté de l’inspiration. Je ne suis pas avocate, je ne tends pas à la vérité suprême, mes propos n’engagent que moi, ils n’ont aucune valeur juridique mais je pense néanmoins qu’ils se feront l’écho de beaucoup d’entre vous.

 

Alors de quoi on parle en premier ? Pour que ceux qui ne comprennent pas le pourquoi d’un tel article sachent ce qui se passe, je vais commencer par raconter des expériences désagréables qu’ont subies certains blogueurs. Rien de grave, personne n’est mort, aucune maison ne brûle,  mais bon, c’est le genre de micro événement qui  peut suffire à te remplir la tête d’énervement pendant quelques jours. En effet, un beau matin, ces blogueurs ont reçu par mail, ou par le biais de leurs commentaires, un message souvent agressif, (au minimum agacé), d’une autre personne qui leur reprochait d’avoir tout pompé sur leurs créations. Pour faire simple, s’ils peignent, ils sont accusés de faire du recopiage, s’ils sculptent, leurs sculptures ressemblent à si méprendre à celles du râleur, s’ils écrivent, ils sont une reproduction du style du plaignant, etc… Bref, leur créativité et leur savoir faire sont remis en question par quelqu’un qui pense d’être le chef de file d’un certain mouvement et qui entend bien faire respecter son territoire. Ces interventions sont rarement solitaires. Souvent, elles sont accompagnées de charmants anonymes qui interviennent pour soutenir la créatrice trahie (je mets tout au féminin par habitude mais vous pouvez changer le sexe sans souci). Tous clament à l’imposture, au plagiat, à la nullité humaine… Parfois, ce petit monde  y met les formes mais souvent non. C’est une faiblesse bien connue, caché derrière son écran, on a tous les courages. Déjà, c’est le premier truc qui m’agace. On peut avoir toutes les bonnes causes du monde à défendre (et quelle meilleure cause que soi…) on doit néanmoins prendre le temps d’accéder au minimum syndical de la politesse. On respire par le nez, on tourne sept fois ses doigts autours du clavier, on vire l’affectif de tout ça et… on réfléchit.
Ces expériences désagréables, je ne les ai pas vécues. Soit que mon style ne soit récupérable par personne, soit que je n’ai pas de style du tout, soit que les gens n’osent pas râler (je fais peur BOUH). En tout cas, pour le moment je suis tranquille. Vous ne pouvez pas mettre ces écrits sous le compte d’une quelconque aigreur, j’ai l’estomac serein. Mais il m’est arrivé plus d’une fois de consoler une copine qui subissait une attaque en règle ou simplement de lire ces éclats d’égo sur des blogs. Et je reconnais que parfois, c’est leur moutarde qui me monte au nez. Du coup, je vais tenter de résumer ici ce que je pense de la liberté de création, du recopiage, du détournement, etc… Ainsi, les prochaines agressées pourront faire un renvoi sur cet article si ça les aide.

Commençons par une petite réflexion sur la création. Déjà à mon sens la création ex nihilo n’existe pas. Pour ceux qui n’ont pas fait latin en quatrième, ex nihilo signifie « venir de rien ». Genre ça sort du néant. Avant ça n’existait pas et hop, en un clic, ça existe. Pour moi, il n’y a qu’un Dieu pour parvenir à de telles prouesses. Pas d’humanité avant lui. Et sur une idée créatrice originale, zhou, il modèle l’homme en une seconde, le temps d’une pensée divine. Je ne vous dis pas que j’y crois, je vous explique la mécanique qui sous-tend l’ensemble. A l’inverse, l’homme qui ne prétend pas être Dieu est obligé de reconnaitre que ce qu’il fait possède obligatoirement un trait d’union avec ce qui a été fait avant lui. On développe un style en fonction d’un autre, soit qu’on le fuit soit qu’on l’améliore.

Dernièrement j’ai lu deux livres dont certains extraits traitent directement du sujet qui nous concerne. Le premier est écrit par Orson Scott Card. Je ne sais pas si l’auteur vous évoque quelque chose mais c’est une sommité du rayon SF et fantaisie des librairies. Un type qui a écrit des œuvres marquantes, historiques, avec une imagination toujours renouvelée, forte, puissante, entrainante. Je ne me souviens pas avoir été déçue par la qualité d’un opus. Il se trouve que ce monsieur enseigne son art dans des universités américaines et qu’il a écrit un livre qui s’intitule sobrement « Comment écrire de la Fantaisy et de la SF ». Il s’agit d’un recueil pour le coup très scolaire mais néanmoins assez personnel, sans  concession. Il y décrit les affres et les joies de l’écriture d’un roman : inspiration, vie sociale, finances, humilité et croyance, vous imaginez le topo. Ce qui m’intéresse le cas échéant c’est qu’Orson Scott Card met en garde les futurs écrivains qui auraient la prétention de vouloir écrire l’histoire inédite, celle qui n’a jamais été pensée, jamais lue, jamais rêvée. Un peu le rêve de la blogueuse/créatrice : écrire un article qui montrerait son savoir faire si singulier soit qu’on fasse des gâteaux originaux, des pages de scrap uniques, des robes exceptionnelles, des bidouilles vues nulle part, des photos ou des dessins inédits ou des billets d’humeur au style remarquable…
Paradoxalement Orson recommande aux écrivains en herbe de lire, de dévorer ce qui s’est déjà fait, de compulser la bibliothèque idéale en matière d’Histoire de la SF et de la fantaisie, un peu comme les blogueurs lisent les blogs des autres (ou des livres, la TV) pour savoir ce qui se fait et/ou pour chercher l’inspiration. Ce n’est pas fait dans le but de décourager les auteurs qui pourraient également penser que tout a déjà écrit et qu’ils n’apporteront rien à cet art. Non, écoutez ce qu’il dit :
« On lit ces histoires pour avoir une vue de la façon dont on fait de la science-fiction, pas pour sombrer dans la paranoïa et se dire que l’on ne pourra jamais avoir d’aussi bonnes idées neuves. Lorsque je lisais des romans médiévaux anglais pour un cours de licence à  Notre-Dame je me suis rendue compte que presque toutes ces histoires du XIII siècle feraient un excellent roman de SF si on transformait la mer en espace et les navires en vaisseaux spatiaux. Et la plupart des romans de SF pourraient aisément être changés en fantasy si on transformait les vaisseaux en navires
Si on transpose ces propos au sujet des blogueurs, on pourrait dire : « n’hésitez pas à aller voir ce que font les autres gens. Ne vous découragez pas. Oui ils font des trucs extras, mais oui il y a de place pour tout le monde. Le passé regorge de créations très actuelles. A nous de le réinventer ». C’est important de se dire que pour avoir des idées, les autres ne sont pas un frein mais à l’inverse une nourriture essentielle. Les autres nous permettent de nous exercer, de nous développer, de nous dépasser. Au début, on reproduit. Ensuite, on s’inspire. A la fin, on crée.
Orson rajoute ceci :
« Un avertissement cependant. Si vous essayez de tout lire en vue de ne pas répéter une idée dont on s’est déjà servi, cela vous rendra fou. Et même, une fois votre histoire géniale et originale publiée, un lecteur serviable vous précisera que la même idée a été utilisée dans une histoire méconnue de Lloyd Biggle JR… vous voyez le tableau. »

 

Déjà le truc drôle c’est que visiblement les relous moralisateurs existent partout.  « Les lecteurs serviables » dont Orson parle sont sans doute les mêmes que ceux qui viennent te dire que tu as tout pompé sur machin. Ca console. Pis si on n’évite pas les grincheux, autant se ficher de leurs interventions et continuer de faire ce en quoi on croit.
Le message d’Orson est ne vous prenez pas la tête à rechercher l’originalité à tout prix. Elle n’existe pas. Comme je le disais au début, notre œuvre ressemble toujours à l’œuvre de machin, même partiellement. D’ailleurs, souvent elle ressemble au travail d’un autre juste à cause du regard de celui qui contemple l’œuvre. Je suppose que vous avez déjà fait ce genre de test. Si on fait lire un texte à plusieurs personnes, chacun aura sa propre vision des personnages, des lieux, etc… Parce qu’on met toujours énormément de nous dans ce qu’on vit, ce qu’on ressent. Là c’est pareil. Un tableau fera penser à un artiste pour une personne alors qu’une autre ne verra pas le point commun. Et bien sûr, les râlent auront forcément l’impression qu’on les copie via le prisme de leur regard ;) .
Surtout que si on réfléchit bien, les choses que l’on copie, les œuvres qui restent dans nos mémoires ne révolutionnent pas souvent la planète. Y a peu de mouton à 5 pattes.  Juste des moutons revisités qui sont forts de la croyance de leur géniteur. Elles sont originales parce que la personne qui l’a fabriquée s’est projetée dans une idée forte à laquelle il croyait. Les créations fortes, les styles super puissants, les « courants » de pensée, etc… ça ne court pas les rues justement. Donc copier revient souvent à transformer quelque chose qui copiait déjà sur autre chose, etc…
Orson enchaine. « La nouveauté et la fraîcheur que vous apportez au domaine ne viendront pas de vos idées neuves. Les idées véritablement neuves sont rares et de toute façon se révèlent souvent être des variations sur  de vieux thèmes. Non votre fraîcheur viendra de votre façon de penser, de la personne que vous êtes ; elle apparaîtra inévitablement dans votre écriture, à condition que vous ne l’escamotiez pas par des formules maladroites ou des clichés. [...] Ceux qui écrivent des histoires mythiques ne se servent pas de formules, ils se contentent de raconter les histoires qui les intéressent et en lesquelles ils croient. Inévitablement, des thèmes archétypaux feront leur apparition, encore et encore. Mais ceux-ci ne fonctionnent que si l’on n’en est pas conscient, au moment où on les traite consciemment comme des formules, ils perdent le pouvoir d’éveiller l’enthousiasme, même celui du lecteur le plus naïf » .

 

Vous le voyez bien, pour Orson, pour être original, il faut être soi. C’est une priorité. Il faut en prime être logique avec soi-même et croire en ce qu’on fait. Les autres noteront toujours la pétouille qui dépassent, c’est presque leur travail. Mais ce qui fait la force d’un blog, puisque c’est de ça dont on parle ici, c’est la qualité du contenu et la personnalité qui s’en dégage. Je crois qu’on pourrait faire un blog rien que de copies, si on rajoutait une vraie âme au site, ça fonctionnerait mieux que les originaux. Bref, il ne faut pas chercher les recettes du succès, il faut se faire plaisir et avancer le plus honnêtement du monde.
Mettons-nous un instant du côté du mec qui pense qu’on pompe toute son œuvre. Après tout, il a bossé, il croit être assis sur un caillou unique, presque un diamant. Et ça le saoule de voir tous ces blogueurs qui n’ont qu’à venir voir ses créations pour les copier sans vergogne. Déjà, si on ne veut pas être « copier », faut vivre caché ;) . Mais à mon avis, ce n’est pas la bonne solution non plus.
Yves Thuriès, ce grand monsieur de la cuisine française, écrit ceci dans l’éditorial de son magazine : « Pendant des siècles, l’homme a été jaloux de ses recettes, se cachant parfois pour son dernier tour de main. Thuriès Magazine, en ouvrant ses pages aux professionnels, a marqué sa volonté de démocratiser la gastronomie française, donnant ainsi à tous la possibilité de connaître et de savoir. Désormais, plus un chef n’est avare de ses recettes, il sait au contraire que c’est en les publiant qu’il en devient le créateur. Il sait aussi que dans l’évolution de notre métier, ce qui est une découverte aujourd’hui ne le sera plus demain
Vous le voyez, tout le monde le dit, ce n’est pas en défendant ses petits trésors qu’on avance. Non, il faut publier ses créations pour s’ancrer dans leur histoire. Vous aurez peu de chance de devenir le créateur d’une découverte historique, mais vous pourrez ainsi participer à son histoire. C’est déjà fou !
Pis entre nous, le succès c’est la copie. Celles qui se plaignent de voir leur style plagié à gauche et à droite devrait plutôt consacrer leur énergie à monter une sorte de mouvement communautaire où tout le monde sortirait grandit. Essayer de couper l’herbe sous le pied des gens est stérile voire puéril.
».

 

Il y a bien sûr les sites marchands. On pourrait se dire que si les gens copient les fabrications des uns, c’est une perte d’argent. Moi je crois l’inverse. Soit on a le talent pour reproduire un objet et dans ce cas, on se l’approprie, on le mérite. Soit on ne l’a pas et on achète cet objet. La générosité paie toujours. Je préfère acheter un objet à quelqu’un qui a bonne presse, parce qu’il file des coups de main, qu’il explique comment il fait, qu’il organise des rencontres, etc… plutôt que de filer des sous à quelqu’un qui n’est qu’un fond de commerce ambulant, un être désireux de rester le seul assis sur son tas d’or le plus longtemps possible.
Niveau juridique, faudrait que je me renseigne, mais c’est difficile de prouver que quelqu’un vous a copié.  Même si c’est écrit noir sur blanc sur votre blog que vous vous êtes largement inspiré du truc vu chez machine, je crois que seul le résultat compte, pas vos velléités de reproduire l’objet. Je crois également qu’on peut copier des choses si c’est à usage personnel. Le souci est bien plus important si on pique les idées pour faire de l’argent à notre tour dessus. Et même là, pas facile de prouver qu’on copie l’autre.

 

Bref, je ne vais pas rajouter des tartines en plus. Tout ça pour vous dire que moi, je suis POUR la copie, celle qui site ses sources, celle qui assume ses inspirations et surtout celle qui tente de devenir un autre objet, plus intime, plus soi… Copier, c’est le début de l’indépendance, c’est la petite main dans le dos qui permet de se motiver, c’est la porte qui mène à un monde plus personnel. C’est la dose d’envie créatrice à la base de tout.

 

Et vous, vous en dites quoi de tout ça ?"

si vous préférerez lire son message directement sur son blog, voici le lien:
http://www.ciloubidouille.com/2008/10/28/copier-nest-pas-voler/comment-page-2

Posté par tigrijane à 21:03 - A réfléchir... - Commentaires [2] - Rétroliens [0]


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